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Forme et disposition
Avant toute chose, il convient de définir le terme « motte », fortification apparue au cours du Xe
siècle. Durant la période médiévale, il s’agit d’un ouvrage de terre fortifié constitué par un apport
de matériaux (terre, sable, graviers…), et le plus souvent d’un noyau rocheux retaillé. Les textes
médiévaux le désignent sous les termes castrum, castellum, munitio, plus rarement
motta.
La motte adopte généralement un plan circulaire ou ovalaire, plus rarement quadrangulaire.
De forme tronconique, son diamètre à la base peut varier de 20 mètres à plus de 100 mètres pour les
plus importantes d’entre elles. Sa hauteur peut atteindre un maximum de 20 mètres, mais le plus souvent,
elle varie de 5 à 10 mètres. La plate-forme sommitale du tertre est plane afin de pouvoir y implanter
une résidence seigneuriale, une tour faite de terre et de bois, plus rarement en pierre. Parfois, un
enclos, appelé basse-cour, est adjoint à la motte. Il adopte généralement
une forme rectangulaire, mais il peut adopter les formes les diverses. L’enclos accueillait les
dépendances du castrum, c'est-à-dire les logement des milites appartenant à la garnison,
des bâtiments d’exploitation, une chapelle, des écuries et/ou des ateliers métallurgiques.
Ces bâtiments étaient disposés dans un ordre lâche plus ou moins ordonné. En cas de danger, la
population alentours pouvait trouver protection auprès du seigneur, dans cette partie de la fortification.
Plusieurs basses-cours pouvaient être accolées à la motte.
De manière générale, la basse-cour devait être parfaitement visible du haut de la tour
surmontant la motte. Elle était alors subordonnée à la tour. Ainsi, dans le cas où l’enclos était
envahi par les assaillants, ces derniers se retrouvaient à la portée de tirs des défenseurs qui
s’étaient retranchés dans la tour. Certains sites, notamment en Flandre, ont montré que la basse-cour
est parfois éloignée de la motte.
Il est difficile de se faire une idée exacte des aménagements qui permettaient de passer de la
basse-cour au sommet du tertre. Alors que des sites étaient dotés de barbacanes, la majorité de ces
ouvrages étaient réalisés en bois ; ces derniers pouvaient être retirés en cas d’urgence. La
tapisserie de Bayeux (voir images) offre un témoignage sans égal en ce qui concerne les modes d’accès : rampes et
passerelles de bois assuraient le franchissement des fossés et l’accès à la tour.
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L’accès à la plate-forme sommitale se faisait soit à l’aide d’une rampe en bois posée sur les flancs de la motte,
soit par une passerelle qui enjambait le fossé.
Systèmes défensifs
La défense de ces sites fortifiés se faisait à l’aide de plusieurs systèmes défensifs. Le plus simple
consistait à profiter de la dénivellation naturelle et de la topographie du terrain. Les bâtisseurs
utilisaient également les fossés parfois en eau, du moins durant la période pluvieuse, pour assurer la
défense du site. Un fossé protégeait le tertre en particulier et l’entourait à sa base. Les fossés
pouvaient présenter un profil en U ou en V, mais dans tous les cas, le fond du fossé devait
constituer un espace étroit.
La basse-cour était également délimitée par une ligne de fossés, ainsi que par un talus qui était
vraisemblablement surmonté d’une palissade de bois constituée de pieux dits
palis fichés dans le sol et renforcés côté intérieur par des planches de bois ou des
contrefiches qui les liaient horizontalement.
Les sites les plus importants pouvaient également être protégés par une fortification de pierre, un
rempart qui entourait la plate-forme sommitale de la motte. Ce type de défense se rencontre
essentiellement au Royaume-Uni où le système est appelé shell-keep. Les flancs devaient être
pentus pour rendre difficile l’accès à la motte et un glacis pouvait être
installé afin de le rendre glissant. Enfin, il est possible que les sites aient également profité d’une
défense faite de haies et/ou d’épineux (fils barbelés naturels).
Fonctions de la Motte
La fonction principale de la motte était militaire.
L’implantation d’un ouvrage fortifié sur les points culminants avait son avantage stratégique
puisqu’elle permettait d’avoir une vue sur les environs. Le donjon –ou tour– servait alors de point de
surveillance (que ce soit pour contrôler un terroir ou pour surveiller une route, un cours d’eau ou un
carrefour de voies fréquentées).
Ainsi, les chemins de Compostelle étaient également jalonnés de tours. Ces
tours de guet n’avaient pas pour but de se défendre contre un siège en règle, mais seulement de loger
une garnison restreinte. Ces mottes étaient implantées à différents points stratégiques.
Tout d’abord, elles étaient positionnées sur les pentes dirigées vers la vallée ; cette position
permettait de surveiller le lit des rivières. Elles pouvaient également s’établir sur les rebords de
terrasses afin d’avoir un contrôle visuel de la vallée. L’emplacement de la motte détermine ses fonctions
militaires. Celle qui s’élevait sur l’enceinte, dont elle renforçait le point le plus faible ou le
plus exposé, faisait barrage (tel est le cas pour les sites d’éperons).
La motte pouvait également être installée à l’intérieur même de l’enceinte, que ce soit au centre dans
le cas d’une enceinte circulaire ou à l’extrémité la moins accessible dans le cas d’un château construit
sur un relief. Dans ce cas, la motte jouait surtout le rôle de réduit défensif.
Parfois, un site possédait plusieurs mottes : alors que la première portait le donjon, la seconde était
destinée à renforcer un point faible de l’enceinte. Il est important de noter que ces forteresses
étaient efficaces du fait de la faiblesse des moyens d’attaque.
La motte pouvait servir de réduit défensif en raison de son isolement et de sa puissance militaire.
Enfin, certaines mottes ont été édifiées comme fortification de campagne au cours des sièges. La
fonction de ces mottes était alors purement militaire puisqu’elles remplissaient le rôle de siège.
De par sa nature, elle avait aussi une fonction sociale, soulignant l’importance de ses occupants.
Dans un courant de force et d’affirmation de leur pouvoir, les châtelains ont utilisé leurs demeures
fortes comme centre de commandement et imposé leur domination. La motte était le siège d’un pouvoir.
Deux éléments traduisent l’importance de la motte au niveau visuel : le rehaussement et
le fossé qui symbolisent l’importance et l’indépendance du site.
Le château sur motte est non seulement un moyen d’imposer la domination de son détenteur, mais
également la marque visible, le symbole de cette autorité.
Il est également possible que les mottes de petites dimensions n’aient eu qu’une valeur symbolique.
La tour, réservée à l’usage du seigneur et de sa famille, servait parfois de logis permanent ou temporaire.
Des réserves, trésors et/ou archives pouvaient y être entreposés.
La fonction résidentielle semble pourtant avoir été en partie délaissée, du moins au début, en faveur
de la fonction militaire, sacrifiant les préoccupations de confort. Dans certains cas, la population
s’est installée dans l’enclos, à proximité immédiate de la résidence seigneuriale. La population ainsi
installée profitait de la fonction de refuge qu’offrait la motte.
Enfin, la motte avait également une fonction économique dans le cas où
elle se trouvait au centre d’une exploitation domaniale. La motte semble avoir eu le rôle de
regroupement et de concentration de la production agricole. La tour pouvait servir de lieu de
stockage des produits du domaine seigneurial ou des domaines cultivés par les paysans, serfs et
tenanciers.
De plus, une activité artisanale est clairement attestée sur certains sites.
Les sites de vallées semblent n’avoir eu qu’une fonction socio-économique, contrairement aux sites
installés sur des promontoires ou des collines qui, en plus d’avoir une fonction socio-économique,
avaient une fonction politique et militaire.
Il ne faut bien sûr pas attribuer à chaque motte une seule fonction. Il est envisageable que les
premiers sites ayant accueilli des fortifications de type motte avaient une réelle utilité, alors que
par la suite, cette fortification s’est généralisée par phénomène de mode.
La motte, support de quelles structures?
Les mottes portaient des résidences aristocratiques fortifiées.
Les constructions les plus anciennes ont accueilli une simple tour, dite turris, construite en
matériaux périssables (bois et terre, généralement du pisé ou murs banchés). Cet ouvrage, aisé à
construire, n’exigeant pas de main d’œuvre spécialisée, peu coûteux en matériaux (que l’on trouve
abondamment dans les vastes forêts couvrant le territoire) et en moyens, convenait parfaitement à une
aristocratie de moyenne envergure, mais également à l’aristocratie comtale.
L’inconvénient venait de sa fragilité et de sa destruction facile par le feu.
De plus, elle était peu confortable et manquait d’espace intérieur. C’est pourquoi, dès que le seigneur des lieux en avait les
moyens, il construisait une demeure en dur faite de pierre ou de briques, le plus souvent à partir de
la fin du XIIe siècle. Avec les progrès des méthodes de siège, les fortifications vont se doter
d’atouts défensifs de plus en plus perfectionnés et au XIIIe ou XIVe siècle, le château
se passera de la motte alors tombée en désuétude…
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